L’incroyable défi de Leodhais Macpherson.
Quiconque a déjà couru un marathon le sait : cette épreuve requiert une certaine dose de courage, qu’on le veuille ou non, tant elle contraint le corps et l’esprit à puiser au fond de leurs réserves et même bien au-delà. C’est un discours que l’on entend souvent : le marathon serait, selon les personnes et les avis, 70% ou 80% fait de physique, et le reste de mental. Certains parlent même de déconnexion avec le réel, de force inconnue, d’irrationnel. Les muscles et le cerveau ne répondraient, dans les ultimes kilomètres, à rien d’autre qu’à une énergie quasi mystique dont le seul but serait de nous faire atteindre cette si lointaine et désirée ligne d’arrivée.
Leodhais Macpherson, jeune anglais de Tynemouth, ville du nord-est de l’Angleterre, l’a fait, un jour. Puis, le lendemain, il a recommencé. Et le jour suivant, il a rechaussé ses baskets et avalé, encore, 42.195 kilomètres. Et ainsi de suite, pendant 128 jours. Derrière cela, non pas un pari, mais un hommage vibrant fait à son frère, Conor, qui a mis fin à ses jours en 2018, au large de Tynemouth. Malgré les moyens déployés par les sauveteurs en mer, son corps ne sera jamais retrouvé.
Parce que le rêve de son frangin était de vivre à New York, Leodhais s’est imaginé rejoindre la Grosse Pomme depuis Newcastle en courant. Chemin faisant dans son esprit, l’idée s’est muée en 128 marathons (la distance entre les deux villes) pendant 128 jours.
Quand j’ai découvert son histoire, mille questions se sont bousculées. Des plus candides aux plus intimes. Alors j’ai contacté Leodhais, et pour ma plus grande joie, il n’a pas mis 128 jours, ni même 128 secondes, pour accepter de répondre à mes questions, et d’être le premier sujet de Dernier Relais.
Dernier Relais : Salut Leodhais ! Ayant couru quelques marathons moi-même, je me souviens de l’état physique dans lequel j’étais dans les jours qui suivaient. Alors, tu ne seras pas surpris si ma première question est tout simplement : Après 128 marathons en 128 jours, comment tu te sens ?
Leodhais Macpherson : Je me sens « okay ». Le challenge s’est terminé il y a deux semaines et j’ai pris du temps pour me détendre et récupérer. J’ai quand même continué à courir, sur des sorties de 5 à 10 km. Mon corps est un peu douloureux, un peu lent, et pas très coopérant quand je sors courir, mais malgré tout je reviens progressivement à un bon état de forme.
DR : On connait la prépa marathon, qu’en est-il quand on est sur le point d’en courir un jour par jour pendant plus de 4 mois ?
LM : Hum… Je cours depuis l’âge de 10 ans, donc on peut dire que j’ai couru toute ma vie, et que j’ai une forme de prédisposition pour ce sport. Néanmoins, j’ai quand même augmenté mon kilométrage hebdomadaire, atteignant en moyenne 160 kms. J’ai également fait des sortes de doubles marathons durant les week-ends précédents pour préparer mon corps.
DR : L’accomplissement est exceptionnel, tant physiquement que mentalement, et est un magnifique hommage rendu à ton frère. A quel moment t’es venue l’idée, et combien de temps s’est écoulé entre cette idée et sa concrétisation ?
LM : Je crois que l’idée m’est venue en septembre l’année dernière. Cela dit, j’avais quelques courses prévues en Octobre et Novembre, donc j’ai décidé d’attendre que ces courses soient « out of the way » et d’ensuite décider si je me lançais ou pas. Je dirais que j’ai vraiment pris la décision fin novembre, ce qui m’a laissé 8-10 semaines pour me faire à l’idée et me préparer. Donc peu de temps en réalité.
« Abandonner n’a jamais été une option. »
DR : En préparant cet article, je me suis aperçu que tu n’avais pas cessé de travailler pendant le challenge. Concrètement, comment ça s’est passé ? Est-ce que tu as dû ajuster tes horaires pour rendre le défi possible ? Est-ce que ton employeur était au courant et te soutenait ?
LM : Oui effectivement, je travaille à plein temps pour EDF, du lundi au vendredi, de 8h30 à 16h30. Ça a toujours été mes horaires et j’ai toujours veillé à ce que mon défi n’affecte pas mon travail. Mon entreprise était bien sûr au courant et me soutenait pleinement. Je dois régulièrement partir en déplacement, d’une station à une autre, mais pour moi c’était juste un aspect supplémentaire du challenge !
DR : Est-ce que tu as parfois douté ?
LM : Abandonner n’a jamais été une option. Evidemment j’ai eu des moments de doute, d’extrêmes douleurs, pendant lesquels j’étais vraiment en difficulté. Alors oui, parfois se bousculaient dans ma tête de nombreuses questions du style « comment vais-je arriver au bout ? », « Mais pourquoi as-tu décidé de faire ça ? » « Qu’est-ce qui t’as permis de penser que tu pourrais y arriver ? ». J’avais toutes ces questions dans mon cerveau mais j’ai toujours pris les jours séparément, une étape à la fois, et c’est ce qui m’a permis de finir.
DR : Est-ce qu’avec quelques jours de repos et de recul, cette aventure te donne envie de te lancer dans un nouveau défi tel qu’un ultra marathon ou un ultra trail ?
LM : Hum… Peut-être que je me lancerai sur un ultra ou un 50k, mais il me semble que je ne referai jamais de défi d’une telle longueur. Un marathon par jour pendant des mois… C’était tellement difficile. Peut-être une course sur 10 jours ? Quelque chose comme ça.
DR : Il y avait, au-delà de l’hommage à ton frère, une dimension caritative dans ton challenge…
LM : Oui, je suis parti en souhaitant récolter des fonds pour deux œuvres caritatives : If U Care Share, qui œuvre pour la prévention du suicide et accompagne les familles endeuillées, et RNLI, une institution de sauvetage en mer. Mon objectif était de récolter 10,000 pounds, 5000 pour chacune. Au final, j’ai récolté plus de 82,000 pounds, dépassant complètement mes objectifs. Jamais, jamais je n’aurais pu imaginer atteindre de tels montants, c’est juste fou.
Le défi de Leodhais s’est terminé le 2 juin 2025, le jour où son frère Conor aurait dû fêter ses 28 ans. Sur la ligne d’arrivée, de nombreuses personnes étaient présentes pour partager cet instant d’immense émotion. C’est ce jour que Leodhais a choisi pour poser un genou à terre, et demander Jaimie, sa compagne, en mariage.
128 jours pour l’éternité.

