Noé Perron se donne rendez-vous.
Dans les semaines, mois, qui précédèrent le lancement de Dernier Relais, une idée s’affirmait : ce média ne serait pas celui du buzz, de l’agitation. Il y a très peu, voire pas du tout, de chances pour que l’on y retrouve un jour la dernière rumeur, le résultat tout juste tombé, le gros titre racoleur. Prendre son temps, bâtir son identité, sa communauté et ses objectifs, partir à la découverte de sports, de sportifs, d’institutions, d’acteurs de l’ombre, raconter leur histoire, leurs rêves, leurs désillusions et leurs joies, telle est la ligne directrice, la feuille de route de Dernier Relais.
Alors bien sûr, peut-être un jour ferons-nous une exception. Après tout, la vie est faite d’imprévus et nous met parfois au défi, nous contraint à la résilience et aux ajustements. À titre d’exemples et pour rester dans le cadre sportif, on a évidemment beaucoup entendu parler de Loïs Boisson, revenue d’une grave blessure pour se hisser récemment en demi-finales de Roland Garros, tout juste un an après avoir dû déclarer forfait pour ce même tournoi. On pourra également citer Axel Clerget, non sélectionné pour les Jeux Olympiques de Paris en 2024 : « Je me sens vide, la déception est grande. » avait réagi le judoka, champion olympique par équipe à Tokyo en 2021. Un coup de massue d’autant plus difficile à digérer qu’il était le troisième de ce type apres 2012 puis 2016 : Clerget s’était qualifié, mais les places étant limitées à un représentant par catégorie, ses rêves olympiques s’étaient éteints sous le couperet de la sélection.
Un cas de figure qui, d’ailleurs, n’est pas propre qu’au judo, puisqu’on le retrouve par exemple en danse sur glace. Champion olympique de la discipline en 2022 avec son ex-partenaire Gabriella Papadakis, Guillaume Cizeron, légende de ce sport, a annoncé son retour pour les Jeux de Milan-Cortina 2026. Il formera à cette occasion un duo à la fois excitant et intriguant avec la québécoise Laurence Fournier Beaudry. Une nouvelle qui a provoqué ces mots d’un enthousiasme que l’on qualifiera au mieux de mesuré, du danseur sur glace Théo Le Mercier et rapportés par France Info : « On a un peu le seum… ».
Car forcément, les cartes sont rebattues. Avec deux tickets pour maintenant trois couples prétendants, un duo de danseurs sur glace français ne sera pas du voyage en Italie l’hiver prochain, contrariant les ambitions, la ligne directrice, la fameuse feuille de route que l’on évoquait en préambule.
Noé Perron, l’un des plus grands espoirs tricolores de la danse sur glace, est de toute évidence un observateur privilégié de cette quête poursuivie actuellement par ses pairs. Comme tous, il rêve d’olympisme. Comme tous, il a son plan, et ses obstacles. Ainsi c’est à un moment charnière de sa jeune carrière, alors qu’il tourne la page d’une décennie de travail et de collaboration avec sa partenaire, que nous évoquons avec lui son parcours.
Dernier Relais : Salut Noé ! Commençons si tu le veux bien par le commencement en évoquant ton parcours. Comment en es-tu venu à pratiquer la danse sur glace ? Viens-tu d’une famille de patineurs ?
Noé Perron : Absolument pas ! Ma famille n’est pas du tout branchée sport et encore moins patinage. En fait, c’est après avoir assisté à un match de hockey que j’ai commencé le patin. Je devais avoir cinq ans, et c’était au club de Belfort. Vers l’âge de dix ans, j’ai commencé le couple, et suis resté dans ce club jusqu’en 2018. Pendant cette période, j’ai fait pas mal de podiums au niveau national, avec notamment un titre de champion de France minime.
DR : La suite, c’est l’équipe de France Junior…
NP : C’est ça. Avec ma partenaire Lou Terreaux, nous sommes entrés en équipe de France Junior et avons rejoint le centre d’entrainement de Villard-de-Lans, plus adapté au haut niveau. Pendant quatre ans, on participe à de grosses compétitions internationales chez les juniors, avec un top 15 aux Championnats du Monde. Puis, en 2022, nouveau changement de décor puisque l’on vient s’entrainer à Lyon.
DR : Au sujet de ton sport justement : Quand on l’évoque, on visualise presque instantanément une patinoire, pourtant, la danse est une discipline en soi et je présume qu’elle a sa part d’entrainement en salle…
NP : Effectivement ! On a pas mal de cours en salle, que ce soit de danse classique ou de danse de salon. En général, on a un cours de chaque par semaine, donc environ deux heures de danse au sol. Certes ce n’est pas grand-chose par rapport aux heures passées sur la glace, mais ces entrainements réguliers en danse nous aident énormément une fois sur la patinoire.
DR : Tu restes sur une très belle perf’ il y a quelques mois, réalisée avec ton ex-partenaire Lou Terreau, qui s’est soldée par une médaille d’argent aux Jeux Mondiaux d’Hiver Universitaires 2025, quel est ton prochain grand objectif ?
NP : Oui c’est vrai qu’on reste sur un très bon résultat avec Lou, mais comme tu l’as dit, on a arrêté notre partenariat il y a peu. Donc c’est compliqué de se projeter sur un objectif à ce stade…
DR : Puisqu’on en parle, le duo que Lou Terreaux et toi formiez depuis plusieurs années s’est donc séparé récemment. Comment appréhendes-tu la suite ? As-tu une nouvelle partenaire et est-il facile d’en changer après autant d’années à créer des automatismes, dans un sport qui demande autant de complicité et de connaissance de l’autre ?
NP : Absolument. J’ai une nouvelle partenaire, canadienne, qui arrive ce week-end. Il s’agit de Nadiia Bashynska. On va se jauger petit à petit, commencer doucement et voir ce que ça donne. C’est vrai qu’après quasiment dix ans de partenariat avec Lou, j’avais beaucoup d’appréhension, pensant qu’il faudrait tout reprendre à zéro. Mais finalement, pas tant que ça. L’expérience de chacun, la mienne comme celle de Nadiia, nous offrent déjà des bases solides sur lesquelles nous appuyer. Lors des essais, le feeling est passé très vite.
DR : Tu as pour ainsi dire passé ta vie sur la glace, et déjà participé à de nombreuses compétitions de haut niveau. Comment les abordes-tu ? Plein de rage de vaincre, de stress, de calme ?
NP : Je suis du genre à vivre l’esprit tranquille. Je prends les choses comme elles viennent.
DR : As-tu le rêve olympique dans un coin de ta tête ? Si oui, à quelle échéance ?
NP : L’objectif ce sont clairement les JO 2030. Il faut du temps pour que le couple se construise.
DR : Les couples Evgeniia Lopareva-Geoffrey Brissaud et Loïcia Demougeot-Théo Le Mercier ont décroché leur billet pour les JO dans ta discipline et pourraient représenter la France à Milan-Cortina cet hiver. Il reste cependant une compétition qualificative à Pékin en septembre prochain, et un retour important avec Guillaume Cizeron. En ce qui te concerne, le moment n’était pas encore venu pour en être ?
NP : On n’y sera pas effectivement, a ce stade, l’objectif c’est 2030, selon toute vraisemblance pour représenter le Canada. S’agissant du groupe France… il y a surtout le retour de Guillaume (Cizeron) qui entre en ligne de compte. C’est vrai que Loïcia (Demougeot) et Théo (Le Mercier) ont décroché un billet, mais ce seront probablement Guillaume et sa partenaire Laurence Fournier, ainsi que le duo Evgeniia-Geoffrey, qui iront à Milan.
Tel est le chemin que Noé Perron s’est tracé. Avec patience, méthode et travail, il sait que son rêve olympique est atteignable et pointe, là-bas, à l’horizon. À coup sûr, nous aurons à cœur de suivre la quête sereine mais pleine de rêves de Noé. Rendez-vous en 2030 dans les Alpes Françaises?

