Le saviez-vous ? Aucun mot de la langue française n’existe pour qualifier la peur des spoilers. Chez Dernier Relais, on se demande bien pourquoi. On en connait, nous, des passionnés se coupant des réseaux sociaux pour pouvoir, au petit matin, regarder le match NBA de la nuit sans connaitre le résultat. On en connait aussi, qui se bouchaient les oreilles, terrorisés lorsque des collègues de travail débriefaient le dernier épisode de Game of Thrones. Alors pourquoi ne pas la définir correctement, cette phobie ?

Après tout, cette peur s’accompagne aussi d’un mépris certain pour les personnes qui, devant un film et à nos côtés, et alors que nous sommes plongés dans un suspense, dans une intrigue saisissante, se permettent de glisser un « C’est Michel le tueur, je me rends compte que j’ai déjà vu le film. Tu vas voir, ils vont accuser Josiane mais comme elle est droitière et que le coup mortel a été porté de la gauche vers la droite, et que Michel est le seul gaucher de l’entourage de la victime, son alibi va tomber comme ton soufflé de ce midi. » Si vous êtes cette personne, vous êtes autorisée à rester, mais il va falloir gommer ce défaut et convertir ça en likes et abonnements à notre Substack pour vous faire pardonner !

Pardon. On s’éloigne, mais il fallait qu’on vide notre sac. Parce que oui, chez Dernier Relais, on aime observer, comprendre, décortiquer, prendre le temps. En d’autres termes, on adore être intrigués. Et parfois, cette intrigue vient en zoomant. Tenez : prenez une cérémonie gigantesque vue par des centaines de millions de personnes à travers le monde. Au hasard : la cérémonie d’ouverture des JO d’Hiver 2022 à Pékin. Zoomez, et vous devinerez des athlètes souriants, heureux, unis derrière leurs porte-drapeaux. Regardez de plus près et vous verrez défiler une à une les plus célèbres nations des sports d’hiver : USA, Norvège, Allemagne, Suède, France… Zoomez encore, et parmi elles vous verrez défiler la délégation Thaïlandaise.

La Thaïlande serait un pays de sport d’hiver ?? Voila ! On y est ! L’intrigue est trouvée ! Mais par où commencer ? Ah…Si seulement nous pouvions en savoir plus, et pourquoi pas interviewer cette athlète, Karen Chanloung, championne de ski-Cross, porte-drapeau de sa délégation, et qualifiée en cette année 2022 pour sa deuxième olympiade, après 2018.

Et puis tant pis. Tant pis pour le suspense, tant pis pour l’intrigue, allons-y gaiement dans les spoilers :

  • Spoiler numéro 1 : Karen nous a accordé de son temps pour répondre à nos questions
  • Spoiler numéro 2 : Vous allez l’adorer.

Dernier Relais : Salut Karen ! Encore merci d’avoir accepté de te prêter au jeu ! Comment ta relation avec le sport a-t-elle commencé ?

Karen Chanloung : Avec plaisir, ça va être cool ! J’ai commencé le ski très jeune, vers 3 ans ! Ayant grandi dans les montagnes italiennes, le ski était vraiment un élément de ma vie quotidienne. Ma famille est très sportive : mon frère (Mark, champion de ski cross lui aussi) et moi avons été mis sur des skis très jeunes et avons essayé beaucoup de sports grâce à nos parents. On a commencé par le ski alpin, puis le snowboard pour le fun, et finalement on a trouvé notre passion dans le ski-cross. L’environnement autour de moi a toujours été actif, entouré par la nature, la montagne, et ainsi le sport est devenu un style de vie plus qu’une activité.

D.R. : Quand as-tu réalisé que tu deviendrais une athlète de haut-niveau ?

K.C. : Je crois que j’ai réalisé progressivement. J’ai toujours été passionnée de sports, mais quand j’ai commencé à faire des compet’ plus sérieusement et à voir des résultats, j’ai vu cette force intérieure grandir en moi. Concourir dans des courses nationales puis internationales m’a fait comprendre que tout ceci pouvait être plus qu’un hobby.

D.R. : Si je ne dis pas de bêtises, tu es donc née en Italie, ta mère est italienne, et ton père thaïlandais. Quand as-tu décidé de représenter la Thaïlande, et quel est le cheminement derrière ce choix ?

K.C : C’est juste, ma mère est italienne et mon père thaïlandais, et je me sens extrêmement chanceuse d’être connectée à ces deux cultures. En 2016, mon frère et moi avons pris la décision de représenter la Thaïlande au niveau international. Ce choix avait une signification profonde. On voulait faire quelque chose pour le pays de notre père, et contribuer au développement des sports d’hiver là-bas, où le ski n’est pas très populaire. Mon frère Mark et moi avons senti qu’on pouvait faire une vraie différence, prendre part a quelque chose de plus grand, tel qu’inspirer une nouvelle génération d’athlètes thaïlandais dans les sports d’hiver.

D.R. : Tu as pris part aux Jeux Olympiques d’hiver 2018 de PyeongChang, et à ceux de 2022 à Pékin, où tu étais d’ailleurs porte-drapeau de la Thaïlande. Qu’est-ce que ça signifiait pour toi ? J’imagine que ton cœur battait à 100 à l’heure !

K.C. : Carrément. C’était tellement intense en émotions, indescriptible. Participer aux JO est déjà un énorme honneur, mais être choisie pour être porte-drapeau en 2022…C’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Je me sentais si fière de représenter mon pays et ma famille. C’était un intense mélange de nervosité, de gratitude, et d’excitation. Marcher dans ce stade, porter haut ce drapeau…C’est un des plus beaux souvenirs et moments de ma vie. Il me rappelle tous les efforts fournis, les années de travail, et toutes les personnes qui ont cru en moi.

D.R. : Quand tu ne skies ou ne t’entraines pas, que fais-tu de tes journées ?

K.C. : J’adore être dehors. Faire des randonnées, du kite-surf, ou tout simplement passer du temps dans la nature, tout ceci m’aide à me recharger. J’aime aussi cuisiner et essayer de nouvelles recettes, ou, quand je le peux, me détendre devant un bon film, faire du yoga, ou juste passer du temps avec mes amis ou ma famille. Je pense que c’est important de garder une forme d’équilibre dans la vie, de ne pas penser qu’a entrainer le corps, mais aussi reposer son esprit et son âme.

D.R. : On parlait des J.O. précédemment… Où en es-tu concernant Milan-Cortina 2026 ? Est-ce que tu as déjà sécurisé ta qualification ? Faire les JO dans le pays où tu es née doit être un projet excitant, non ?

K.C. : Complètement. Milan-Cortina 2026 est un énorme objectif pour moi. Je n’ai pas encore officiellement validée ma place – les phases de qualification sont en cours – mais je travaille dure pour y arriver. L’idée de participer aux JO en Italie, là où j’ai grandi et ou je me suis entrainée durant la plus grande partie de ma vie…ce serait tellement spécial. C’est comme si la boucle était bouclée : représenter la Thaïlande sur la scène mondiale, mais le faire sur une neige qui est celle de « chez moi », c’est une motivation supplémentaire pour la saison à venir.

D.R. : Toi et ton frère Mark avez décidé de représenter la Thaïlande en skicross, ce qui j’imagine n’a pas toujours été évident, les infrastructures n’étant probablement pas les mêmes que celles présentes en Italie. Comment as-tu géré ces besoins en termes d’équipements, de staff, etc. ? Y avait-il une fédération déjà en place à cette époque ?

K.C. : Ça n’a pas été très facile c’est sûr ! Au démarrage, la Thaïlande n’avait pas d’infrastructures spécifiques pour les sports d’hiver, donc on a dû être pleins de ressources ! La plupart de notre matériel d’entrainement et de nos coachs viennent d’Italie, grâce à nos parents notamment qui nous ont beaucoup aidé et ont toujours eu une part prépondérante dans notre parcours. La Ski and Snowboard Association of Thailand (SSAT) s’est développée progressivement, mais oui, quand on a commencé, elle était encore très récente. Nous sommes parmi les premiers athlètes thaïlandais de skicross à atteindre ce niveau, donc de bien des manières, on a, tous ensemble, appris à nager en sautant à l’eau.

D.R. : Et maintenant, avec le recul et après deux olympiades à représenter la Thaïlande, constates-tu quelques changements ?

K.R. : Absolument, les choses progressent ici, notamment concernant le rollerski. Ce week-end, par exemple, il y a une course organisée par la FIS (Fédération Internationale de Ski et Snowboard) qui se déroule en Thaïlande , ce qui représente déjà une étape importante dans la vie de la fédération. Plus largement, l’intérêt autour des sports d’hiver grandit à vue d’œil en Thailande. Il y a plus d’intérêt, plus de visibilité, et plus de jeunes athlètes curieux de découvrir le ski et le rollerski. La SSAT est devenue plus active ces dernières années, et on voit des structures soutenant les athlètes se former, doucement mais sûrement. Le chemin est encore long, mais je suis fière de prendre part à ce changement et de pouvoir ouvrir des portes pour les futurs athlètes thaïlandais de sports d’hiver.

D.R. : Comment imagines-tu ton après-carrière ?

K.C. : C’est une grande question ! J’aimerais rester connectée au monde du sport, mais je travaille aussi à plein temps dans le développement durable des entreprises. Être une athlète est une passion que je poursuis en parallèle de ma carrière professionnelle. À terme, j’aimerais trouver un moyen de coupler ces deux sujets, sport et développement durable, car je pense que c’est ce dont le monde a besoin. Mais quel que soit mon futur, je veux rendre au monde ce qu’il m’a donné, que ce soit à travers l’éducation, le sport, ou simplement en partageant mon histoire.

D.R. : J’ai beaucoup réfléchi, mais je n’arrive pas me faire une opinion, et peut-être pourras-tu m’aider : cuisine thaï ou italienne ?

K.C. : …

D.R. : Tu t’échappes !

K.C. : (elle rit) C’est vrai ! Les deux sont très très bonnes mais aussi très différentes l’une de l’autre, trop difficile de choisir !

Vous l’aurez compris, si elle était un personnage de film (et on ne vous spoilera rien ici), Karen Chanloung serait du côté des bons.


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